Le stress, c’est une bonne chose !

Aie, aie, aie ! Elle nous sort quoi, là ? Le stress serait bon ?

Oui, à petites doses. Lorsqu’il est chronique, c’est-à-dire omniprésent et durable dans le temps, c’est là que nous avons un problème. Heureusement, Dr Sonia Lupien, directrice du Centre d’études sur le stress humain, a quelques trucs pour nous. Voyons voir !

On sait que d’ici 2020, la deuxième cause d’invalidité dans le monde selon l’Organisation mondiale de la santé sera la dépression. 1 Québécois sur 5 sera touché de près ou de loin par la maladie mentale au cours de sa vie. Plusieurs facteurs entrent en ligne de compte (biologie, vécu, hérédité, habitudes de vies, situation familiale et professionnelle, etc.) Certaines sur lesquelles nous avons du contrôle, mais d’autres pas du tout. On doit donc faire avec.

Nous savons aussi que le stress ‘’chronique’’ est étroitement lié à la notion de santé mentale et influe aussi sur la santé physique. Regardons ça de plus près.

 Le stress, qu’ossa donne ?

Le stress est une réponse biologique à une menace (réelle ou relative) perçue par notre cerveau. Lorsque ce dernier détecte une situation menaçante, une cascade d’hormones (dont le cortisol et adrénaline) se met en branle afin de préparer le corps à affronter le danger : plus grande vigilance, sang qui circule plus vite et mieux oxygéné, mobilisation des réserves d’énergie, organes au ralenti, meilleure mémoire, etc. Tout ça, dans le but de fuir ou combattre, afin d’assurer la survie de l’espèce. C’est le stress qui nous permet d’affronter une situation difficile efficacement, au meilleur de notre forme et de notre attention.

C’est d’ailleurs à cela que le cerveau sert : reconnaitre les dangers. Les autres tâches, comme l’apprentissage, la réflexion ou la rédaction seront mises de côté jusqu’à ce que la menace soit passée. Avez-vous déjà essayé d’être efficace dans votre travail après avoir appris une mauvaise nouvelle ? Je vous lève mon chapeau si c’est le cas, car le commun des mortels aura l’attention fixée sur la menace (la mauvaise nouvelle) et non sur le rapport à écrire.

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 Qu’est-ce qui nous stresse ?

Les recherches ont démontré que quatre (4) éléments revenaient constamment dans une situation qui déclenche les hormones de stress, ce que le Dr Lupien appelle le CINÉ, la recette du stress dans une situation donnée. Ce peut être un seul élément ou plusieurs à la fois.

Contrôle (manque) – Imprévisibilité – Nouveauté – Égo (menace)

Prenons l’exemple de Paul : suite à un départ précipité d’un collègue, ses tâches ont été redistribuées à l’équipe par le gestionnaire. Paul a hérité de deux tâches complètement nouvelles. Il n’est pas heureux de la situation et craint de ne pouvoir accomplir ces nouvelles tâches, ce qui lui vaudra des réprimandes. Bref, il est stressé !

Décortiquons la situation pour comprendre le CINÉ de Paul.

  • Contrôle

En fait, la perception d’un manque de contrôle sur une situation donnée. Ici, Paul n’a eu aucun mot à dire sur l’attribution des tâches.

  • Imprévisibilité

Le caractère soudain de ce qu’on a absolument pas vu venir : dans cette situation, c’est le départ du collègue et la redistribution de ces tâches.

  • Nouveauté

Paul devra accomplir de nouvelles tâches et trouver de nouvelles stratégies de gestion de son temps pour arriver à tout accomplir.

  • Égo

Situation qui menace notre égo, c’est-à-dire notre intégrité, notre personnalité, nos compétences, notre Moi. Paul craint que ses compétences ne soient remises en doute s’il n’arrive pas à tout accomplir et doute lui-même de ses capacités.

Voilà donc le CINÉ de Paul ! Qu’est-ce qu’on fait ?

 Le truc ultra génial

Malheureusement, il n’y a pas de recette toute faite, d’étapes magiques permettant à Paul d’être moins stressé. Il peut toujours se précipiter en classe de méditation et faire des respirations, mais la situation sera encore là à son arrivée au bureau le lendemain.

Toutefois, la recommandation du Dr Lupien est la suivante: prenez un temps d’arrêt chaque jour et examinez vos stresseurs, votre CINÉ. Comment les vaincre un à un ? Paul trouvera lui-même les solutions à sa situation, en fonction de sa personnalité, ses compétences, sa relation avec son gestionnaire, la situation de l’entreprise, etc.

Il importe de se poser les questions suivantes :

  • Est-ce que j’ai du contrôle sur la situation ? Comment puis-je en avoir ?
  • Est-ce imprévisible comme situation ? Aurais-je pu la prévoir ? Comment la prévoir à l’avenir ?
  • Est-ce une situation nouvelle ? Quelles informations je peux aller chercher sur cette situation ? Où ?
  • Est-ce que cette situation pose une menace à mon égo ? Est-ce que ma personnalité, mes compétences, mes émotions sont attaquées ? Comment puis-je réduire cette menace ?

Voici quelques-unes des options possibles : Paul pourrait aller voir son gestionnaire pour discuter de l’attribution des tâches. Il lui verbaliserait que la situation le stresse mais qu’il est en mode solution. Une des tâches lui convient : il aimerait toutefois avoir de la formation et il en a vu une qui se tiendra prochainement. L’autre tâche ne lui convient pas du tout : peut-il faire un échange avec Nicole, qui a démontré de l’intérêt pour cette tâche ? En accomplissant cette démarche, il retrouve l’impression d’un certain contrôle sur la situation. Il démontre ainsi sa compétence et efface les menaces à son ego. Avec la formation, cette tâche sera aussi moins nouvelle et menaçante. Il n’y a rien à faire pour l’imprévisibilité de la situation dans ce cas-ci, mais il a agi, diminuant ainsi son stress !

Déjà, en comprenant ce qui compose le CINÉ, il trouvera des solutions. Ceci l’aidera à retrouver une impression de contrôle, agissant immédiatement sur le CINÉ.

Tout ceci m’a fait penser à une scène de film. Dans ‘’Le prisonnier d’Azkaban’’, dans la série Harry Potter, le Dr Remus Lupin confronte ses élèves à un Épouvantard, qui est une créature qui prend la forme de la plus grande peur de son opposant. La façon de le vaincre est par le rire, en modifiant sa perception terrifiante en quelque chose d’amusant. Exit la peur ! La créature est encore vivante, mais elle n’est plus effrayante.

Voir l’extrait (en anglais) ici :

https://www.youtube.com/watch?v=doxxfXqpKYA&t=207s

Donc, travailleurs :

En résumé :

  • Le stress est une bonne chose à petites doses;
  • Il est inévitable mais gérable;
  • Pour le gérer, il faut en modifier sa perception en trouvant des solutions, qui sont propres à nous;
  • Ces solutions viennent suite à la compréhension du CINÉ, de la recette du stress de la situation;
  • Ces solutions donnent à penser au cerveau que la situation n’est plus autant une menace et il cessera d’ordonner la présence des hormones du stress, qui à long terme peuvent causer des dommages;

Employeurs,

Le stress diminue considérablement la performance de vos employés et menace leur santé mentale et physique. Ils peuvent y faire quelque chose, tel que démontré ci-haut, mais vous avez la main haute sur le travail. Vous ne sauriez être tenu responsable de tout le stress qu’ils vivent: les situations stressantes sont complexes, elles sont pas toujours liées au travail et il n’y a pas de solutions universelles miracles. Mais voici quelques grandes lignes afin d’aider votre équipe dans leur CINÉ :

  • Donnez de l’information et de la formation sur les nouveautés;
  • Soyez vigilant sur la charge de travail de chacun. Apportez les changements au travail requis;
  • Apprenez vous-même à gérer votre stress, afin de chausser le cordonnier.
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Et en terminant, une réflexion : quelle condition du CINÉ revient le plus pour vous ? Que pouvez-vous y faire ?

Mon nom est Marie-Eve Champagne, je suis spécialiste en Santé Sécurité Mieux-Etre au travail et j’aide les gens à mieux travailler depuis près de 12 ans.

Pour en savoir plus :

LUPIEN, Sonia, Ph.D., «Par amour du stress», Éditions au Carré, 2010, 274 p.

Centre d’études sur le stress humain, URL : ‹http://www.stresshumain.ca/›

LEKA, S., GRIFFITHS, A., COX, T. (2004), «Organisation du travail et stress: Approches systémiques du problème à l’intention des employeurs, des cadres dirigeants et des représentants syndicaux», Organisation mondiale de la Santé, Série Protection des travailleurs no 3, 32 p., URL : ‹http://www.who.int/occupational_health/publications/en/pwh3f.pdf?ua=1›

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