Chaque année, la Journée «Bell cause pour la cause» crée le buzz et sensibilise aux enjeux de la santé mentale.

Toutefois, c’est encore dans une optique personnelle que la santé mentale est envisagée et perçue: chacun est responsable de sa santé mentale, de la gestion de son stress et honte à celui qui ne pratique aucune activité de détente !

On occulte souvent le rôle de l’organisation dans le maintien d’une saine santé mentale. Comprenons-nous bien : les troubles anxieux et les maladies mentales ont des causes multiples et sont complexes. C’est un état dynamique, qui évolue, et non statique.

Il existe encore beaucoup de tabous sur la santé mentale. Et mettons les choses au clair dès le début : un trouble de santé mentale est une maladie physique. On ne dit pas à une personne diabétique de sourire, d’être forte et que tout va partir.

L’entreprise, par ses pratiques de gestion, sa culture, son climat de travail et ses conditions de travail, met en place des facteurs de risques psychosociaux, qui détermineront le stress que rencontrera un individu dans le cadre de son travail ainsi que les mécanismes à sa disposition qui lui permettront de faire face et de s’adapter à ce stress. Ce stress  pourra à plus long terme affecter sa santé psychologique et sa santé physique. (INSPQ, 2016)

En vertu de l’article 51 de la Loi sur la Santé et la Sécurité au Travail, l’Employeur a l’obligation d’assurer un milieu de travail sain et sécuritaire. Cette obligation s’étend également à la santé psychologique : l’Employeur doit gérer les risques psycho-sociaux pouvant affecter ses travailleurs, de la même façon qu’il doit adresser ses autres risques présents sur son lieu de travail, comme le risque machine ou le bruit.

Voici 15 faits à savoir aujourd’hui sur la santé psychologique au travail.

Le stress et les problèmes de santé psychologique coûtent très cher aux entreprises canadiennes :

1. Les problèmes de santé mentale en milieu de travail coûtent aux entreprises canadiennes près de 14 % de leurs profits annuels nets, soit jusqu’à 16 milliards de dollars annuellement (Great-West, 2017).

2. Au Canada, les problèmes de santé mentale constituent la 1ère cause des absences au travail parmi les maladies chroniques (Mental Health Commission, 2010).

3. 18% des travailleurs québécois présentent un niveau élevé de détresse psychologique (EQCOTESST, 2011).

4. 400 000 travailleurs québécois ont recours à des médicaments pour réduire l’anxiété, remonter le moral ou pour aider à mieux dormir (EQCOTESST, 2011), ce qui représentent toutefois seulement 1/3 des travailleurs ayant des symptômes dépressifs.

5. Les employés en détresse psychologique sont de 1,4 à 4 fois plus sujets aux troubles musculo-squelettiques, accidents de travail, troubles mentaux et maladies cardio-vasculaires. (EQCOTESST, 2011).

6. Les congés de maladie pour santé mentale sont 2 fois plus coûteux que ceux pour la santé physique. Un congé pour maladie mentale dure en moyenne 65 jours ouvrables et coûte 18 000$. Un congé pour santé physique dure en moyenne 32 jours ouvrables et coûte 9 023$. (Les Affaires, 19 février 2011)

Les préjugés concernant la santé mentale au travail ont la vie dure. 

7. Ce sont seulement 42% des travailleurs avec des symptômes dépressifs qui se sont absentés en raison de ce problème. 58% des travailleurs présentant des symptômes dépressifs feront donc du présentéisme, qui est le fait de se présenter au travail malgré un problème de santé. Le présentéisme affecte directement la productivité d’une organisation et représente 2 à 3 fois les coûts de l’absentéisme (ECQOTESST, 2011).

8. 44% des travailleurs qui ont effectué un retour au travail à la suite d’un problème de santé mentale considèrent que leur problème n’est pas résolu (St-Arnaud et al., 2007).

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9. La recherche a démontré que les travailleurs ayant présenté un syndrome dépressif associé à des facteurs personnels, comme la perte d’un être cher, bénéficient davantage d’empathie et de soutien de la part de leurs collègues que ceux dont le problème est lié à des conditions de travail difficiles et qui les empêchent de fournir leur pleine capacité, surtout si ce sont ces mêmes collègues qui doivent combler ce manque. (St-Arnaud et coll, 2006)

L’organisation a un rôle important à jouer en matière de prévention des problèmes :

 10. Les facteurs psychosociaux qui influencent sur la santé psychologique sont :

  • Demande psychologique (charge de travail) élevée
  • Peu d’autonomie et d’influence dans le travail
  • Mauvais soutien social des collègues et/ou du supérieur
  • Harcèlement psychologique au travail
  • Faible reconnaissance des efforts et des résultats
  • Justice organisationnelle déficiente

11. 60% des travailleurs ayant des symptômes dépressifs les lient en tout ou en partie avec le travail.

12. En présence de facteurs psychosociaux, il y aura une augmentation des symptômes dépressifs et ce, sans égard aux traits de personnalités ou à l’historique psychologique des travailleurs.

13. Quand on augmente la latitude décisionnelle et/ ou le soutien social d’une personne dans le cadre du travail, on observe une diminution :

  • de la consommation des médicaments psychotropes
  • des symptômes dépressifs
  • du présentéisme et de l’absentéisme

14. Quand il y a un déséquilibre entre la reconnaissance et les efforts (demandes, obligations), le risque de dépression augmente de 80%. La reconnaissance comprend : salaire, estime, promotion, sécurité d’emploi. Les efforts sont constitués des demandes et des obligations liés à l’emploi occupés. (Siegrist, 2008)

15. En terme de prévention, la gestion du stress au niveau organisationnel donne plus de résultats que la gestion du stress de type individuel : les effets sont plus importants et plus durables (Kompier et Kristensen, 2001).

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Agir pour prévenir

Plus que jamais, le bonheur au travail, la qualité de vie au travail ainsi que la qualité des emplois d’une entreprise détermineront son succès, en permettant à son équipe de mieux affronter les défis quotidiens. C’est le gestionnaire, à titre de premier répondant, qui aura le plus d’impact sur la santé psychologique de son équipe.

C’est lui qui accueille, voit, dirige.

Adapte. Explique.

Autorise. Minimise. Qui pratique la gestion.

Voit. Entend. Ressent.

Donc, aujourd’hui, c’est une journée importante pour se parler, se dévoiler, se sensibiliser.

Pour voir des pistes d’action.

Pour entendre. Pour comprendre. Pour entreprendre.

Et pour défaire les préjugés, un fait à la fois.

 

Mon nom est Marie-Eve Champagne, je suis conseillère en relations industrielles agréée et j’aide les gens à mieux travailler depuis plus de 10 ans.

 

Références:

VÉZINA, M. et coll, «R-691 – Enquête québécoise sur des conditions de travail, d’emploi et de santé et de sécurité au travail (EQCOTESST)», Québec, IRSST, 2011, http://www.irsst.qc.ca/publications-et-outils/publication/i/100592/n/enquete-quebecoise-conditions-travail-emploi-sst-eqcotesst-r-691/redirected/1

TOWERS WATSON, « Les investissements dans la santé des employés génèrent une plus grande productivité», Canada, 21 novembre 2011, https://www.towerswatson.com/fr-CA/Press/2011/11/Les-investissements-dans-la-sante-des-employes-generent-une-plus-grande-productivite

Vézina, M., C. Chénard, M.-M. Mantha-Bélisle et le Groupe scientifique sur l’impact des conditions et de l’organisation du travail sur la santé de l’INSPQ «Grille d’identification de risques psychosociaux du travail», Institut National de la Santé Publique du Québec, 2016

Commission de la santé mentale au Canada (CSMC) : SROUJIAN, C. (2003). Mental health is the number one cause of disability », Insurance Journal, août, p. 8.

DANSEREAU, Suzanne «Employeurs : la santé mentale, c’est aussi votre problème!» Dewa, Chau and Fermer – Examining the comparative incidence and costs of physical and mental health-related disabilities in and employed population. JOEM, 2010;52;758,  Les Affaires, 19 février, 2011

DAVEZIES, Philippe «Le stress au travail: entre savoirs scientifiques et débat social», Performances. Stratégies et facteur humain, no 1, 2001, 4-7

 

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