Pierre, propriétaire d’entreprise, s’arrache les cheveux. Ses coûts liés à la santé et sécurité au travail ne cessent de monter. Les accidents s’empilent et durent longtemps ! Pourtant, il a suivi les recommandations d’usage: on a fait un plan d’action, on a changé les échelles pour qu’elles soient au bon grade. On a aussi protégé les machines : ça a coûté une petite fortune ! Mais les travailleurs retirent constamment les protecteurs, donc toute l’opération n’a, en gros, réussi qu’à créer plus de chicane.

Pierre trouve que la SST, c’est vraiment compliqué et que ça ne sert pas à grand’chose.

cool man doubting
Crédit : Asie Romero – Freepik

Pierre, viens, on va jaser.

Au cours de mes années d’expérience, j’ai pu remarquer ces 7 fausses croyances, présentes à un moment ou à un autre. Lesquelles fais-tu ?

1- Penser que gérer les «conséquences» des risques, c’est suffisant

Ta machine de production, elle est bruyante. Très bruyante. Elle score 125 décibels. Pour ton info, les conversations sont difficiles à 80 décibels. L’ouïe humaine se fait abîmer à 85 décibels, pour 8h d’exposition. 85 db, c’est le niveau sonore d’un aspirateur.

Pas de problème, on va donner des bouchons à tout le monde ! Affaire conclue, tout est beau ! Minute, papillon… Les bouchons, il faut en donner à tout le monde.

Commander, choisir, distribuer. Discipliner. Rappeler. Taper sur le clou. Recommencer. Ramasser. C’est du temps. Beaucoup de temps. Et ça coûte une fortune en bouchons.

Mais ça coûte moins cher, tu dis ? C’est une décision d’affaire ? Oh d’accord…

Et un entretien plus régulier de la machine ? Une étude de bruit ? L’abaissement du niveau sonore ? La baisse de stress de ton monde ? Une communication et un climat amélioré ? Les batailles que tes gestionnaires n’ont pas à mener ? Morale de l’histoire : gérer à la source, c’est mieux que gérer les conséquences des risques.

2- Penser que «faire attention», c’est suffisant

«Attention, c’est glissant ! » «Attention, y’a des piétons !» «Attention, ne mets pas ta main là !» «Attention, il y a une plaque de glace !»

surprised cool man
Crédit photo: Asie Romero – Freepik

C’est sûr que des comportements prudents, ça en prend. Mais si ta gestion SST repose uniquement là-dessus, sur les individus, on a un problème. Parce que ça ne protège pas réellement. Et que va-t-il se passer le jour où ton travailleur ne sera pas vigilant ?

La meilleure prévention sera toujours à la source. Ça veut dire quoi, ça ? Pense toujours à supprimer le risque, définitivement. Pour ta plaque de glace, met du sable. Ou détourne la gouttière qui coule et qui permet l’accumulation d’eau à cet endroit. Si des chariots élévateurs circulent là où il y a des piétons, sépare les voies des deux pour supprimer les risques de collisions. Si ton plancher est glissant, ramasse l’eau, utilise un meilleur savon ou change le revêtement du sol.

Bref, pas trop de «Attention», plus d’«Actions» !

3- Penser que s’occuper uniquement de la «shop», c’est suffisant

Le travail en usine, c’est impressionnant. Il y a des gens, des activités physiques, des équipements. Ça bouge, c’est bruyant ! On y trouve aussi des risques d’écrasement, de lacérations, de chutes, d’entrainement, d’électrocutions. Bien entendu, c’est ce qui va retenir l’attention quand on parle de santé et sécurité au travail. Les conséquences sont graves.

Mais as-tu pensé aux gens dans les bureaux ? As-tu pensé à l’ergonomie ? As-tu pensé aux risques psychologiques ? Là aussi, t’as des lésions qui peuvent durer très longtemps !

thinking about the life
Crédit photo: Asie Romero – Freepik

4- Penser qu’édicter des règlements, c’est suffisant

T’as mis une politique SST en place. T’as mis des règlements. T’as expliqué à tes gestionnaires que c’est Tolérance Zéro, à partir de maintenant.

Bon ! L’atelier devrait être sécuritaire, là !

Pas tout à fait, Pierre ! Dans les rencontres, tu demandes des comptes sur la productivité perdue. Tu piques une crise quand on arrête la production pour un entretien préventif. Tu passes à côté d’un cariste sans lui souligner que sa ceinture est détachée.

Ne t’étonne pas alors que ton staff privilégie la productivité au détriment de la santé et sécurité au travail. Et qu’ils y laissent des bouts de doigts.

Ton message, ce n’est pas juste ce qui sort de ta bouche. C’est aussi ce qui n’en sort pas.

5- Penser que répertorier les accidents, c’est suffisant

Avoir un registre d’accidents, c’est bien. Faire des enquêtes pour analyser les accidents, c’est mieux.

Pierre, lorsque tu comptabilises tes accidents, cherche aussi à les comprendre en profondeur, avec une bonne enquête d’accident.

Transforme-toi en Columbo : quelle est l’histoire ? Quelles sont les circonstances de l’histoire ? Un accident, c’est un cadenas à numéro qui a tiré la bonne combinaison pour s’ouvrir. En comprenant quels numéros ont mené à l’ouverture du cadenas, on est capable de les enrayer un par un, pour éviter d’avoir encore des accidents du même type.

Ça empêche leur répétition. Un poste de coûts facile à maîtriser.

6- Penser qu’instaurer des procédures de travail sécuritaires, c’est suffisant

Politique générale SST ? Check ! Procédure de cadenassage ? Check ! Procédure de travail en hauteur ? Check !

Les risques sont maîtrisés ? Pas tout à fait…

worried man on white
Crédit photo: Asie Romero – Freepik

Comment avez-vous bâti ces politiques ? Dans votre bureau, ou bien avez-vous demandé l’avis du comité SST ? Êtes-vous allé discuter avec les travailleurs soumis à ces risques ? Ils en pensent quoi ? Ça arrive souvent ? Que font-ils ?

Diminuer l’écart entre le travail réel et le travail prescrit, ce n’est pas inutile. Et ça assure que les travailleurs adhéreront mieux aux procédures, et qu’elles seront plus applicables et plus réelles. Un des facteurs majeurs dans la performance SST, c’est la participation des travailleurs.

Avez-vous fait valider la conformité à la réglementation par une personne compétente ? Une autre façon de ne pas dépenser de l’argent en vain.

Un des points validés par les inspecteurs de la CNESST, c’est de mettre en place des activités de validation de la permanence des correctifs. Une belle expression pour dire : «Pierre, est-ce que ça va durer, ton truc ?»

Une action SST demeure un coût tant qu’on ne s’assure pas qu’elle est durable dans le temps. À ce moment, on aura un retour sur investissement. Autrement, Pierre, c’est comme jeter l’argent par les fenêtres.

Bien faire le travail, c’est aussi s’assurer de la rentabilité du travail.

7- Penser que ne se préoccuper que de «sécurité des lieux», c’est suffisant

Les gens vont se blesser sur le milieu de travail, mais ce qui va bien souvent faire durer un dossier prend racine dans le quotidien du travailleur : alimentation, exercice, tabagisme, consommation d’alcool, les sources de stress, etc. Avoir une vision plus large et prendre soin de son monde, ça passe aussi par des actions complémentaires axé sur la santé. Tu ne pourras faire leurs choix à leur place, mais comme employeur, Pierre, t’es déjà en avant de la parade si le message véhiculé par ta culture est «La santé globale, c’est important.»

cool man pointing to copyspace
Crédit photo: Asie Romero – Freepik

Pas simple, la SST ?

Au contraire ! Deux éléments à se rappeler :

L’importance d’impliquer les travailleurs.

C’est leur milieu de travail. Ils savent ce qui fonctionne et ne fonctionne pas. Ils ont un grand savoir-faire et plusieurs sont carrément frustrés de ne pas pouvoir le partager. Pourquoi ne pas profiter de l’occasion de leur donner de la reconnaissance en leur donnant le micro ? Quand on sait que la reconnaissance a un certain poids en terme de santé psychologique, on fait d’une pierre plusieurs coups !

L’importance de t’impliquer, toi !

Pierre, ton implication visible est le facteur numéro un qui influence la performance santé sécurité de ton entreprise. Promène-toi, pose des questions, écoute, fais des suivis, participe activement aux rencontres, aux comités, aux inspections, aux enquêtes.

N’oublie pas : ce qui te préoccupe fascine tes employés. Un puissant message, en somme !

Et, si tu veux faire encore plus simple, souviens-toi de ceci:

Regarde la situation actuelle, ensuite la situation sécuritaire que tu veux atteindre. Puis, évalue le chemin réaliste, conforme et efficace entre les deux. On met par écrit, on met un responsable et on se donne une date.

C’est ça, une démarche simplifiée SST.

Bon succès !

Mon nom est Marie-Eve Champagne, je suis spécialiste en Santé Sécurité Mieux-Etre au travail et j’aide les gens à mieux travailler depuis près de 12 ans.

 

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.